Ɵ Très ancien crochet de la Rheinische Missions-Gesellschaft,...

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Ɵ Très ancien crochet de la Rheinische Missions-Gesellschaft,...

Ɵ Très ancien crochet de la Rheinische Missions-Gesellschaft, Cours moyen du fleuve Sépik, Province de l'Est du Sépik, Papouasie Nouvelle Guinée, Mélanésie
Bois dur, pigments et fibres végétales
H. 58,5 cm - L. 30,5 cm

Sawos suspension hook, Middle course of the Sepik river, East Sepik area, Papua New Guinea, Melanesia
H. 22.8 in - L. 11.8 in

Provenance:
- Rheinische Missions-Gesellschaft, XIXe siècle, XIXe siècle - Collection Barmen-Wuppertal Van Heydt, 1910
- Collection privée

Le crochet janiforme du cours moyen du Sepik ici présenté est exceptionnel par son ancienneté comme par sa réussite plastique.
Il est arrivé en Europe dans les circonstances suivantes: la Rheinische Missions-Gesellschaft (RMG), née en 1828 de la fusion de plusieurs petites missions dont la principale était établie à Barmen (Rhénanie du Nord-Westphalie), avait la particularité de faire collaborer diverses confessions protestantes, se conformant à la politique religieuse de l'État prussien, dont elle accompagna et soutint également l'expansion coloniale, en Afrique australe, en Indonésie et dans les mers du Sud, devenant la plus puissante des sociétés missionnaires allemandes jusqu'à la Grande Guerre. En 1887, à peine arrivés à Finschhafen, sur la côte nord de la Nouvelle-Guinée, les deux pasteurs dépêchés en éclaireurs par la RMG demandèrent à la Neu-Guinea Compagnie (NGC), alors seule administratrice de la colonie, de pouvoir accompagner sa mission d'exploration économique en partance pour le Sepik à bord du Samoa. Du 28 juin au 7 juillet, ils remontèrent le fleuve jusqu'à la hauteur de Malu, collectèrent çà et là quelques armes, mais aucun objet important, et l'expédition revint sans perspective de recrutement de main-d'œuvre ni d'établissement de plantation.
La NGC refusant à la RMG l'acquisition de terres à proximité de Finschhafen, les missionnaires furent contraints de s'établir plus à l'est, aux environs de Friedrich-Wilhelmhafen (future Madang), dans la baie de l'Astrolabe et sur quelques îles de la côte Rai. Jusqu'à leur départ de Nouvelle-Guinée en 1932, ils concentrèrent leurs efforts sur cette région, sans jamais chercher à revenir sur les rives du Sepik, et en affrontant des avanies incessantes. Vingt missionnaires morts sur place en vingt ans, seize ans d'attente avant de célébrer le premier baptême en 1903, et un climat de défiance croissant.
D'une foi et d'un comportement très rigides à l'égard des autochtones, les missionnaires de la RMG étaient généralement dépourvus de curiosité ethnographique, et s'ils s'enquéraient d'objets cérémoniels, c'était en vue d'autodafés, comme le montrait encore un film de propagande de la RMG tourné à Nias en 1927. Tel n'était pas le cas de certains compatriotes qui les fréquentaient et qui collectèrent quant à eux des objets sur les rives du Sepik, tels le médecin du gouvernement et futur linguiste Otto Dempwolff, exerçant dans l'hôpital des missionnaires, ou le directeur de la Poste impériale dans la colonie Martin Voigt, dont la famille habitait Elberfeld, tout près de Barmen (villes réunies avec quelques autres en 1929, et prenant le nom de Wuppertal l'année suivante). C'est à l'un ou à plusieurs de ces compatriotes que les missionnaires de la RMG durent de réunir quelques objets importants du Sepik.
En 1909, Eduard Kriele fut dépêché de Barmen pour inspecter les établissements néo-guinéens de la RMG, en accélérer le développement économique et y préparer l'arrivée de teachers recrutés dans les îles Samoa allemandes. Il est possible qu'il ait remporté ce crochet et quelques autres objets notables de Nouvelle-Guinée, entrés l'année suivante dans les collections de la famille von der Heydt, l'une des plus en vue d'Elberfeld. Les archives subsistantes ne permettent pas de déterminer si l'objet fut acheté, ou reçu en remerciement des appuis procurés par cette famille.
* * *
D'origine commerçante, la famille von der Heydt s'était alliée par mariage, en 1794, à celle d'Abraham Karsten, le fondateur de la première banque créée en Allemagne. De cette union naquit notamment August I von der Heydt, l'un des principaux banquiers et investisseurs du pays, qui fut à plusieurs reprises ministre du Commerce, de l'Industrie et des Travaux publics du royaume de Prusse et anobli à ce titre, et qui, en qualité de ministre des Finances, réussit l'exploit de couvrir les frais de la guerre austro-prussienne. Mais son petit-fils le baron August III (1851-1929), banquier lui aussi, ne fut pas moins influent, contrôlant de nombreuses sociétés et dirigeant directement la banque Von der Heydt-Karsten & Sohne, et avec son cousin Carl, la banque berlinoise Von der Heydt, qui avait également ouvert un comptoir d'import-export de marchandises coloniales, et qui édita, de 1907 à 1914, un annuaire économique et statistique, le Von der Heydt's Kolonial-Handbuch, Jahrbuch der deutschen Kolonial-und Übersee-Unternehmungen.
Pour la première fois en 1909, cette publication incluait une notice sur la RMG parmi les «entreprises commerciales, de transport, d'exploitation agricole, minière et de plantation», mais la société missionnaire avait probablement d'autres raisons de marquer sa gratitude à August III, dont la famille était très préoccupée de religion, et qui dominait alors la vie politique, économique et même culturelle de Barmen-Elderfeld. Conseiller commercial privé de Guillaume II, il lui avait offert sa statue équestre, lors de sa venue à Elberfeld en 1900 pour inaugurer le «métro suspendu» et divers autres monuments. Deux ans plus tard, il ouvrait un musée mi public mi privé, qui depuis 1961 porte son nom à Wuppertal.
Très conservateur en politique et en religion, ce mécène était paradoxalement féru de peinture d'avant-garde, des impressionnistes français aux premiers expressionnistes allemands, accueillant la première exposition collective des artistes qui allaient former le Blaue Reiter. On conçoit qu'il ait admis dans sa collection des objets d'arts extra-européens avant même que Franz Marc et Wassily Kandinsky n'en célèbrent les mérites dans leur publication. Il favorisa sans doute les mêmes penchants esthétiques chez son fils Eduard (1882-1964), à qui l'on doit la création et maints trésors du Rietberg Museum de Zurich, mais celui-ci ne commença à collectionner ces arts qu'au sortir de la Première Guerre mondiale.
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Du point de vue plastique et stylistique, ce crochet monoxyle janiforme est à la fois sans parallèle iconographique connu et d'une extraordinaire maîtrise de conception et de réalisation. Celle-ci s'observe dans la symétrie presque totale des deux faces, dans les proportions harmonieuses de la tête, du torse et du reste du corps supportant les puissantes pattes du crochet, dans le modelé lisse mais vigoureux de la sculpture, ainsi que dans la régularité des arcs correspondant aux contours de face et de profil du torse, puis aux bras rejoignant les hanches, soulignés par une probable figuration stylisée des clavicules en haut et des ligaments reliant pubis et crêtes iliaques en bas. À l'emplacement des organes sexuels s'esquisse sur chacune des faces un visage, ou peut-être une tête d'oiseau dont le bec supporterait les pattes du crochet, comme sur de nombreux objets du même genre.
Relativement fréquents dans la sculpture du cours moyen du Sepik, les crochets janiformes sont souvent rattachés aux divers mythes de la région mettant en scène deux frères, tantôt rivaux, tantôt associés à des créations de toutes sortes. Sur cet exemplaire, la présence d'une légère saillie marquant le front sur l'une des têtes pourrait cependant correspondre à une coiffure masculine, et son absence sur l'autre à une coiffure féminine. L'objet pourrait ainsi figurer un couple, ou un être bisexué.
Il combine divers traits stylistiques: celui des formes puissantes des pattes de crochet et des visages de la sculpture iatmul, la figuration en bouton des mamelons fréquente chez les Sawos, le goût des volutes, des ajours et des crocs qu'on trouve plus à l'ouest en remontant le fleuve et ses affluents, et des détails de physionomie qui paraissent empruntés aux Abelam du Sud, voisins des Sawos: yeux mi-clos, ailes du nez saillantes, lèvres jointes et ourlées, menton et ensemble du visage arrondis et comme adoucis. Markus Schindlbeck, grand spécialiste des Sawos, faisait observer récemment que leur peinture constituait une sorte de «pont» en direction des Abelam, éminents coloristes eux aussi, mais aussi sculpteurs accomplis. Il est douteux que ces influences mutuelles ne se soient pas également étendues à la sculpture.
Des vestiges de pigments l'attestent, le présent crochet était peint, et devait également s'orner de bouquets de plumes à hauteur des têtes. La sophistication de sa figuration et son achèvement plastique paraissent exclure qu'il ait été simplement à usage domestique. Deux départs perpendiculaires, cassés anciennement comme l'indique la patine, sont visibles au niveau du torse de chaque face et semblent correspondre à des arcs transversaux doublant ceux qui subsistent, à l'instar des arcs concentriques latéraux, et comme pour souligner le caractère double de cette représentation humaine.
Les crochets cérémoniels de taille comparable servaient notamment à retenir à hauteur de main des sachets magiques utilisés lors des rituels célébrés dans les maisons des hommes. Que cet objet ait été endommagé par accident ou mutilé pour défaut d'efficacité magique, son état actuel suggère qu'il avait été mis au rebut, et qu'ainsi désacralisé, il a pu être cédé sans danger à des Blancs, entre 1887 et 1909.
Gilles Bounoure


Sawos suspension hook, Middle course of the Sepik river, East Sepik area, Papua New Guinea, Melanesia
H. 22.8 in - L. 11.8 in

Provenance:
- Rheinische Mission, 19th century
- Barmen-Wuppertal Van Heydt Collection, 1910

The Janus hook from the middle Sepik River area shown here is exceptional for its antiquity and technical skill.
It came to Europe in the following circumstances. The Rheinische Missions-Gesellschaft (RMG) was founded in 1828 after the merger of several small missions, the main mission was located in Barmen (North Rhine-Westphalia). It was unusual to bring together several Protestant denominations, whilst complying with the re-ligious policy of the Prussian state. The RMG also worked hand in hand with Prussia in its imperial expansion into southern Africa, Indonesia and the South Seas, becoming one of the most powerful German missionary societies prior to the Great War. In 1887, two pastors arrived in Finschhafen, on the north coast of New Guinea. They had been sent out by the RMG to explore the area. The missionaries asked the only administrator of the colony, the Neu-Guinea Compagnie (NGC), to join the economic exploration mission leaving for the River Sepik on board the Samoa. From 28 June to 7 July, the ministers went up the river and collected a few weapons but no important objects. The expedition returned with no prospect of recruiting workforce or setting up a plantation.
Since the NGC refused to give the RMG land near Finschhafen, the pastors had to settle further east, near Friedrich-Wilhelmhafen (the future Madang), in Astrolabe Bay and on islands on the Rai Coast. Until they left New Guinea in 1932, they focused their work on this region, without seeking to return to the River Sepik area, and despite almost continual rejection. Twenty missionaries died in 20 years and sixteen-year had passed before the celebration of the first baptism in 1903. The atmosphere was increasingly hostile.
Showing a very rigid faith and attitude towards the local population, the RMG missionaries generally showed little ethnographic curiosity. Whenever they made enquiries about ceremonial objects, it was only to burn them, as it can be seen in an RMG propaganda film made in Nias in 1927. The same attitude was not adopted by some of the fellow countrymen they knew, who collected objects from the Sepik's banks. They in-cluded the government doctor and future linguist, Otto Dempwolff, who worked in the missionary hospital, and the director of the imperial postal services in the colony, Martin Voigt, whose family lived in Elberfeld, near Barmen (two towns that were merged with a few others in 1929 and renamed Wuppertal the following year). This was thank to this men that the RMG missionaries acquired a number of important objects from the Sepik area.
In 1909, Eduard Kriele was sent from Barmen to inspect the RMG facilities in New Guinea, speed up their economic development and prepared the arrival of teachers recruited in the German Samoan Islands. He may have taken away this hook among with a few other significant objects from New Guinea. The following year they were added to the collections of the Von der Heydt family, one of the most famous families in Elberfeld. The existing archives do not show if whether the object was bought or given as a gift to thank the family for their support.
***
The Von der Heydts were a family of tradesmen, they formed an alliance in 1784 with the family of Abraham Karsten, the founders of Germany's first bank, through marriage. From this marriage was born August von der Heydt, one of the country's leading bankers and investors. As the Prussian kingdom's Minister of Trade, Industry and Public Works, he was ennobled. Later, as Minister of Finance, he achieved to cover all the expenses from the Austro-Prussian War. But his grandson, Baron August III (1851-1929), who was also a banker, was no less influential and controlled a large number of companies. He was head of the Von der Heydt-Karsten & Sohne bank along with his cousin Carl. The Berlin bank Von der Heydt also opened an import-export trading post for colonial goods. From 1907 to 1914, August III published an economic and statistical directory, Von der Heydts Kolonial-Handbuch, Jahrbuch der deutschen Kolonial-und Übersee-Unternehmungen.
In 1909, the publication included a reference to the RMG for the first time, referenced among the “trading, transport, agricultural and mining companies”. But the missionary company probably had other reasons to show its gratitude to August III, whose family was very interested in religion, and dominated the political, economic and cultural life of the time in Barmen-Elderfeld. As trade advisor to Wilhelm II, he gave him an equestrian statue as a gift when the Kaiser went to Elberfeld in 1900 to inaugurate the “overhead metro” and other monuments. Two years later, August opened a half-public, half-private museum in Wuppertal, which has been named after him since 1961.
Although he was very conservative in politics and religion, this patron of the arts was paradoxically keen on avant-garde painting, from the French Impressionist to the early German Expressionists. He hosted the first group exhibition of the artists from the Blaue Reiter group. It is possible that he held pieces of non-European art in his collection even before Franz Marc and Wassily Kandinsky praised them in their publication. August encouraged the artistic interests of his son, Eduard (1882-1964), who created a collection of treasures and donated them to the Rietberg Museum in Zurich. But Eduard only began to collect art works after the First World War.
* * *
From the point of view of design and style, this Janus-style hook made from a single piece of wood is both an unparalleled work of iconography and a work of incredible technical mastery. This can be seen in the almost total symmetry between the two sides, the harmonious proportions of the head, torso and the rest of the body supporting the strong base of the hook, the smooth, but firm outline of the sculpture, as well as the regularity of the curves corresponding to the shape of the face and torso, and the arms meeting up with the hips. The collar bone is also possibly suggested at the top and the ligaments between the pubis and hip bones below. Where the sexual organs should be, a face can be seen on each side or possibly a bird's head with a beak supporting the curved parts of the hook, as it can be seen in many objects of this kind.
Janus-style hooks are relatively common among the sculpture of the medium River Sepik area. They are often linked to a range of myths involving two brothers who are depicted as rivals and li
ked to creatios of all kinds. The slight protuberance on one of the foreheads may evoke a male headdress and its absence on the other may suggest that it is a woman. The object could represent a couple or a hermaphrodite.
The work combines a wide range of stylistic features. One can observe the powerful shapes at the end of the hook and the faces from Iatmul sculpture; the use of buttons to indicate nipples, which is common among the Sawos; the taste for curls, slits and fangs, features that can be found further west up the river and along its tributaries. And the details of the face that seem to be borrowed from the southern Abelam people, the Sawos' neighbours: half-closed eyes, the protuberant sides of the nose, the lips closed and lined, and a rounded chin and face, producing a mellow effect. Markus Schindlbeck, a great specialist of the Sawos, recently pointed out that their painting formed a link between them and the Abelam, who are also noted colourists, as well as skilled sculptors. It is unlikely that these mutual influences failed to extend to sculpture.
Traces of pigments show that the hook was painted, and was probably also decorated with feathers near the heads. The sophistication of the figures and its fully completed state seem to indicate a purely private use. Two perpendicular extensions, which were broken off long ago, as the patina attests, are present on the torso of each side. They seem to correspond to transversal arcs similar to the existing ones, like concentric side arcs, as if underlining the double nature of the human figure.
Among other purposes, ceremonial hooks of similar size were used to hold magic packets at hand height during the famous rituals in the Men's House. Whether this object was damaged accidentally or deliberately due to a lack of magical effect, its present state suggests that it was thrown out and could be sold safely in this desacralized condition to the white men, between 1887 and 1909.
Gilles Bounoure
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