Tête d'un ancêtre pour le culte du byeri...

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Tête d'un ancêtre pour le culte du byeri...

Tête d'un ancêtre pour le culte du byeri (añgokh-nlô-byeri), Fang, Afrique équatoriale atlantique, Gabon, nord de l'Ogooué
Bois, épaisse patine d'usage
H. 27 cm

Ancester head for the byeri cult (añgokh-nlô-byeri), Fang, Atlantic Equatorial Africa, Gabon, North of the Ogooué
H. 10.6 in

Provenance mentionnée:
- Collection Jean Genet, Olga Keselsevic, Paris
- Collection privée, Paris

UNE TÊTE FANG À COIFFE « EN CALOTTE » D’UNE FORME RARE.
Cette tête d'ancêtre, 27 cm, d'un volume global piriforme aplati (selon une composition sculpturale répondant à une utilisation rituelle statique en vue de face) présente un large front arrondi en quart de sphère, d'une parfaite régularité, et des joues légèrement creusées dont les lignes de fuite en oblique (face «en cœur»), déterminent une large bouche aux lèvres fines, étirées vers l'avant dans l'attitude boudeuse habituelle dans l'art fang. Le menton est arrondi et bien détaché du cou cylindrique (vue de profil), donnant un air prognathe au visage. De part et d'autre d'un nez fin, plutôt court, les larges yeux mi-clos aux paupières en amande, au creux des arcades sourcilières arquées de forme en oméga (?) renversé, évoquent une entité en méditation. Les oreilles au pavillon tourné vers l'avant et au tragus finement sculpté s'intègrent dans le rebord de la coiffe, aux extrémités du bandeau frontal. Cette coiffe «en calotte» emboîtant étroitement l'arrondi du crâne, est partagée en deux lobes de part et d'autre d'une saillie axiale carénée longitudinale. Elle s'arrête au niveau de la nuque avec un petit décrochement horizontal. Elle évoque d'une certaine façon les coiffes à coques rembourrées des Fang vues au Nord-Gabon au début du XXe siècle et d'autres, simplement faites de fines tresses (cf. plus bas, «Les coiffes des Fang au XIXe siècle et avant 1920»).
Selon l'aspect de sa patine et en comparaison d'œuvres connues par ailleurs, cet objet est ancien, probablement de la seconde moitié du XIXe siècle ou du début du XXe siècle.

LES TÊTES SEULES AÑGOKH-NLÔ-BYERI
Les Beti-Fang de l'Afrique équatoriale (Sud Cameroun, Guinée Equatoriale et Nord Gabon), de croyances animistes, pratiquaient autrefois un culte des ancêtres, connu sous le nom de byeri, qui les a poussés à sculpter des représentations symboliques des défunts sous la forme de statuettes de bois (eyema-byeri) mais aussi de têtes seules. Ces têtes de bois sont appelées plus précisément añgokh-nlô-byeri [litt.= «tête entière de l'ancêtre», par opposition aux fragments de crânes et autres dents qui sont conservés dans les reliquaires]. Celles-ci sont plus rares que les statues et souvent d'une belle qualité de finition au plan sculptural et des surfaces.
Ces effigies rituelles avaient une double fonction: «garder» magiquement les reliques humaines conservées, de génération en génération, dans les grands coffres cylindriques en écorce cousue dont chaque chef de lignage était dépositaire - les crânes étant garants de l'identité généalogique et de la légitimité sociale de chaque lignage -, mais aussi, pour les statuettes en pied, servir à l'occasion de «marionnettes» lors des initiations des jeunes gens.
Les têtes seules añgokh-nlô-byeri quant à elles, n'étaient pas utilisées de cette façon. Elles demeuraient en permanence cachées dans la case du chef de lignage, près de son lit et de ses effets personnels. Tout comme les fragments de crânes humains, elles étaient régulièrement honorées et souvent enduites d'huile de palme, de sang sacrificiel et de poudre de ba (mélange d'huile et de bois de padouk pulvérisé, cet enduit rouge étant, comme les plumes de perroquet de même couleur, le signe du sacré). Les sculptures étaient toujours décorées d'un bouquet de plumes fixé à la coiffe.
D'après les études menées à ce sujet, il semble que ces têtes seules n'aient pas été une forme antérieure aux statuettes en pied. Dans les régions où on les a trouvées, les têtes et les statues ont coexisté, du moins au XIXe siècle. Il est cependant possible qu'on ait pensé à l'origine à représenter visuellement le crâne de l'ancêtre par une simple tête en bois et que, au fil du temps et des déplacements, cette iconographie originelle et unique ait évolué vers des images plus complexes. Mais rien ne l'indique dans les traditions orales recueillies.
Les fonctions magiques des têtes, des bustes et des statuettes de bois étaient strictement identiques du nord au sud du pays des «Pahouins», du Sud Cameroun au Gabon et au Rio Muni. La majorité des têtes fang dont on connaît assez précisément la provenance a été trouvée chez les Fang du sud, les Fang de l'Estuaire du Gabon, ceux des vallées du Como, du Remboué, de l'Okano et de l'Abanga (Fang Mekè), enfin les Fang Betsi du sud du Woleu-Ntem et de la rive droite de l'Ogooué. G. Tessmann en a également vues et collectées quelques-unes chez les Ntumu de l'est du Rio Muni avant 1910.
Le pasteur Fernand Grébert, dans ses remarquables carnets de croquis et de notes ethnographiques, a constaté la variété de représentations sculptées liées au «byeri», et ainsi la co-existence des têtes, des bustes et des statuettes (cf. Le Gabon de Fernand Grébert, 1913-1932, Genève, 2003, pp. 95, 143, 146, 197, 222, 256, 306), une réalité culturelle des années 1915-1930 qui, par chance, a été ainsi sauvée de l'oubli.
On remarquera que dès avant 1920, les amateurs «d'art nègre» tels que Paul Guillaume, André Lefèvre, Carl Einstein, Jacob Epstein, Joseph Brummer et autres, ont tout particulièrement apprécié les têtes seules «pahouines», à coiffes en coques ou à tresses. Cette relative abondance d'un type bien particulier de sculpture fang tient peut-être au fait que les «rabatteurs» - coureurs de brousse, forestiers, commerçants, militaires parfois - n'avaient accès dans ces années-là qu'à certaines régions relativement peu éloignées de la côte et des vallées principales, notamment la zone de l'estuaire du Gabon, la région entre Libreville et Lambaréné, la vallée de l'Ogooué et ses affluents de la rive droite, la région des «têtes fang».

CONCLUSIONS À PROPOS DE LA TÊTE DE 27 CM
La petite tête añgokh-nlô-byeri, 27 cm, étudiée ci-dessus est bien représentative de l'art statuaire des Beti-Fang de l'Afrique équatoriale atlantique, par sa morphologie épurée et l'équilibre subtil de ses volumes (front bombé et visage «en cœur» d'une part, coiffe «en calotte» d'autre part, un motif rare), des indices de la grande maîtrise du sculpteur qui l'a façonnée. De style betsi (Fang du sud), cette tête d'ancêtre du byeri, de belle finition et épaisse patine d'usage, est ancienne, remontant à la fin du XIXe siècle.
L'étude de cette tête, établie par Dr Louis Perrois, 31 décembre 2017, pourra vous être fournie sur demande.


Head of an ancestor used in Byeri worship (añgokh-nlô-byeri)
Atlantic equatorial Africa Gabon, north of the River Ogooué, Fang
Wood, thick patina due to handling
H. 10.6 in

Provenance:
- Jean Genet collection
- Olga Keselsevic collection
- Private collection

A Fang head with an unusually shaped “skullcap”.
The ancestor's head is 27 cm high, it shows a frontal and sculptural composition with a flattened pear shape designed for motionless ritual use. It has a wide, rounded and perfectly even forehead formed from the quarter of a sphere. The cheeks are slightly hollowed, with oblique convergence lines, producing a wide mouth with thin, pursed lips. As often in Fang art, it is frowning. The chin is rounded and well set apart from the cylindrical neck, making the chin jut out. On either side of the slender, rather short nose are wide, half-closed eyes with almond-shaped eyelids. In the hollows of the arch of the eyebrows, an upside-down omega shape, suggests an attitude of meditation. The ears are turned forwards with the finely sculpted tragus joined to the edge of the headdress at the ends of the frontal band. This “skullcap” closely follows the rounded skull and is divided into two lobes on either side of a slender, central protruding line. The line ends at a small, horizontal cavity at the top of the neck. It is somewhat similar to the Fang padded lobe headpieces seen in northern Gabon in the early 20th century and others, made simply of fine braids (cf. below, “Fang headdresses in the 19th century and before 1920”).
Judging by the patina and in comparison with other works, this object is very old, probably dating from the second half of the 19th century or the early 20th century.
Añgokh-nlô-byeri heads
The Beti-Fang of equatorial Africa (southern Cameroon, Equatorial Guinea and northern Gabon) were animists who worshiped their ancestors, known as byeri. They made symbolic representations of the deceased in the form of wooden statuettes (eyema-byeri) and wooden heads. These wooden heads are called añgokh-nlô-byeri [lit.= “complete head of the ancestor”, in contrast to the fragments of skulls and teeth that are kept in reliquaries]. The wooden heads are rarest than the statues and are often of high quality in terms of sculpture and surfaces.
These ritual effigies performed different functions: to magically “preserve” the human relics that were kept from generation to generation in large cylindrical chests made of sown bark. Each family chief was the custodian of the chests, but also of the full-length statuettes, used as puppets during initiation ceremonies for young men. The skulls guaranteed the genealogical identity and the social legitimacy of each family.
The añgokh-nlô-byeri heads were not used in this way. They were always hidden in the chef's hut, near his bed and his personal belongings. Like the fragments of human skulls, they were regularly honored and often coated in palm oil, sacrificial blood and ba powder (a mixture of oil and crushed padauk wood. The red coating was the sign of the sacred as the parrot feathers of the same colour). The sculptures were always decorated with a bouquet of feathers on the headpiece.
According to studies carried out on this subject, it seems that the bodiless heads did not exist before the full-length statuettes. The heads and statues coexisted in the regions they were found, at least during the 19th century. It is possible that the original idea was to represent the ancestor's skull visually with a simple wooden head. Due to time and movement, this original and unique form of iconography developed into more complex images. But this is not mentioned in the recorded oral traditions.
The magical functions of the wooden heads, busts and statuettes were exactly identical from north to south in the Pahouin country, from southern Cameroon to Gabon and Rio Muni. Most of the Fang heads whose original location is fairly well known have been found among the southern Fang, the Fang of the Gabon estuary, in the Como, Remboué, Okano and Abanga valleys (Fang Mekè), and among the Fang Betsi in the south of Woleu-Ntem and on the right bank of the Ogooué. G. Tessmann also saw and collected wooden heads from the Ntumu people in eastern Rio Muni before 1910.
The clergyman, Fernand Grébert, in his remarkable notebooks of sketches and ethnographic observations, noted the wide range of sculptures linked to “byeri” worship, and the co-existence of heads, busts and statuettes (cf. Le Gabon de Fernand Grébert, 1913-1932, Geneva, 2003, pp. 95, 143, 146, 197, 222, 256, 306), a cultural reality of the 1915-1930 period that has fortuitously been preserved from oblivion.
We might note that even before 1920, the “Pahouin” heads with lobed or braided headpieces were hightly regarded by collectors of “Negro Art”, such as Paul Guillaume, André Lefèvre, Carl Einstein, Jacob Epstein, Joseph Brummer and others. The relative abundance of a very particular type of Fang sculpture may result from the fact that in those years the “beaters” - the bushland hunters, merchants or sometimes soldiers - only had access to certain regions that were relatively near the cost and main valleys, particularly the Gabon estuary area, the region between Libreville and Lambaréné, the Ogooué valley and its tributaries on the right bank, the region of the “Fang heads”.
Conclusion about the 27 cm head
The small añgokh-nlô-byeri head, 27 cm, described above is representative of the statuary art of the Beti-Fang in Atlantic equatorial Africa through its simple shape and subtly balanced features (bulging forehead, heart-shaped face, and especially the rare feature of the skullcap), showing the great skill of the sculptor who made it. In Betsi style (southern Fang), this head of a byeri ancestor shows fine workmanship and a thick patina due to handling. It is old, dating from the late 19th century.
Docteur Louis Perrois
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