Tambour Baga, Guinée Époque présumée: fin...

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Tambour Baga, Guinée Époque présumée: fin...

Tambour Baga, Guinée
Époque présumée: fin du XIXe siècle

Bois à patine brun-rouge, traces de polychromie, peau
H. 111,5 cm

Provenance:
- Collection Maurice Nicaud, Paris
- Collection privée française

Exposition:
- Die Kunst von Schwartz-Afrika, Zurich, 1970

Publication:
- Elsy Leuzinger, Die kunst von Schwarz-Afrika, Recklinghausen, Verlag Aurel Bongers, 1972, p. 87
- Pierre Meauzé, L'Art nègre, Paris, Hachette, 1967, pp. 10-11

Il est exceptionnel qu'un tambour baga à cariatide de cette importance soit accessible aux collectionneurs privés. Il faut en effet remonter près de trente ans en arrière, à la vente aux enchères de la collection du peintre Jacques Boussard pour en trouver un exemplaire comparable. Cette œuvre, adjugée à un prix qui défraya la chronique de l'époque, appartient désormais à un musée, le Smithsonian de Washington, comme la plupart des rares spécimens visibles dans le monde, que ce soit à Tervuren, à la fondation Barbier-Mueller ou au Metropolitan Museum de New York.
Le tambour de Boussard provient sans doute du même atelier que celui faisant l'objet de cette notice, n'en différant stylistiquement qu'en partie haute où des serpents entrelacés servent de support à la caisse de l'instrument. La scène qu'il propose est également d'une autre nature, celle d'une orante tenant dans ses mains une coupe libatoire. Une troisième œuvre, en revanche, de même taille et de même facture, propriété du British Museum, est indéniablement le pendant de la sculpture décrite ici. Une mère agenouillée semble guider de ces mains protectrices les premiers pas de sa descendance, féminine et à sa parfaite image dans notre cas, masculine pour la sculpture du musée londonien... Ou s'agit-il plutôt du thème universel de «présentation de l'enfant» au monde, à la société ou à Dieu, immortalisé, entre autres, par Holbein l'Ancien ou quelques contemporains de Rembrandt ? La cariatide est également largement répandue en Afrique et en occident mais n'implique pas ici la forme de servitude à laquelle est astreinte la porteuse de coupe luba du maitre de Buli qui semble ployer sous l'effort, ou celle à qui Victor Hugo enjoint de s'affranchir de son joug: «Que la cariatide, en sa lente révolte, se refuse, enfin lasse, à porter l'archivolte...».
La puissante baga, elle, sereine, porte naturellement plutôt qu'elle ne supporte, la charge qui est la sienne. Sans avoir recours à ses mains pour assurer l‘équilibre de l'ensemble, épaules droites et reins cambrés, elle a le port altier forgé par la pratique quotidienne de ce mode d'acheminement des paniers lourdement chargés ou des canaris remplis d'eau. Comme un symbole du poids de ses responsabilités au sein de la communauté, sa tête sert de stèle à une assemblée de cinq petits êtres qui l'assistent en tenant à bout de bras la demi-sphère constituant la caisse du tambour. Leur posture évoque irrésistiblement celle des personnages d'ivoire soutenant les salières façonnées par leurs lointains parents de Sierra Leone au XVIe siècle.
Comme c'est la coutume pour les jeunes mariées, cet idéal de beauté baga est paré d'un collier à amulette, de bracelets et d'une manière de baudrier soutenant une ceinture de grelots métalliques; sa coiffure est rigoureusement et harmonieusement tressée, son nez imposant et busqué rappelle le profil des statues nimba semblables à celles dont le crâne servait de support au premier exemplaire connu de tambour baga, collecté par l'administrateur Chevrier au début du XXe siècle.
Si l'Islam n'en avait pas déjà eu raison, rares furent les tambours a-ndëf de haute époque qui survécurent à la décision de Sékou Touré d'éradiquer toute trace d'animisme en Guinée dès son arrivée au pouvoir en 1958. Dans les années 1950, peu avant l'instauration du nouveau régime, Maurice Nicaud rapporta l'exemplaire présenté dans ces lignes. Ce collectionneur, qui s‘établit plus tard comme marchand rue Guénégaud, sillonnait à cette époque les routes de Guinée, du Mali et de Côte d'Ivoire alors qu'il était à la tête d'une compagnie de transports, plate-forme logistique idéale pour collecter des œuvres de grande taille. De Conakry, le trajet n'était pas si long pour rallier, plus au nord, à la frontière des deux Guinée, les villages baga sitemou (sitem) des mangroves du Rio Nunez et s'y procurer ces tambours qui rythmaient les danses des sociétés de femmes, en toute occasion.
Bertrand Goy


Banga drum, Guinea
H. 43.8 in

Provenance:
- Former Maurice Nicaud collection, Paris
- French private collection

Exhibition:
- Die Kunst von Schwartz-Afrika, Zurich, 1970

Publication:
- Elsy Leuzinger, Die kunst von Schwarz-Afrika, Recklinghausen,Verlag Aurel Bongers, 1972, p. 87
- Pierre Meauzé, L'Art nègre, Paris, Hachette, 1967, pp. 10-11

FROM THE BAGA PEOPLE IN LOWER GUINEA: AN A-NDËF WOMEN'S SOCIETY DRUM
Collectors were rarely given the chance to have access to a Baga caryatid drum of this importance. A similar example was sold during the auction of the collection of the painter Jacques Boussard, thirty years ago. That work was sold for a price that made headlines at the time and is now holded by the Smithsonian in Washing-ton, like most of the rare specimens that are known in the world, whether at Tervuren, at the Barbier-Mueller Foundation or at the Metropolitan Museum in New York.
Our work probably comes from the same workshop than Broussard's one. Indeed, Broussard's drum differs stylistically on the upper part, where interlacing snakes sup­port the drum shell. The figure depicted is also different, showing a praying figure holding a libation cup. A third work of the same size and using the same technique, holded by the British Museum, is definitely a twin of the sculpture described here.
A kneeling mother seems to guide with her protecting hands the first steps of her offspring girl, who looks exactly like her. While the sculpture of the British Museum shows a boy... Is it a depiction of the universal theme of the “presentation of the child” to the world, to society or to God, as immortalised, among others, by Holbein the Elder or some of Rembrandt's contemporaries? The theme of the caryatid is com­mon in Africa, but our Baga shows no suggestion of the sense of servitude seen in the Buli Master's carrier of the luba cup, who seems weighed down by the effort.
The powerful Baga looks serene, carrying her charge quite naturally rather than sup­porting it. Her shoulders are set straight and her back is arched, she doesn't need to use her hands to provide overall balance. She has the upright demeanour of someone used to carry each day heavy baskets or jugs filled with water. As a symbol of the weight of her responsibilities in the community, her head supports a group of five small beings that are helping her to hold up the hemisphere forming the drum shell. Their posture inevitably recalls the ivory figures holding up salt cellars made by their distant relatives in Sierra Leone during the 16th century.
As it is the custom for young brides, this ideal of Baga beauty is adorned with an amulet necklace, bracelets and a kind of baldric adorned with metal bells. Her hair is strictly and harmoniously plaited, her impressive nose recalls the profile of nimba statues, like the ones with a skull used to hold up the earliest known example of a Baga drum, bought by the administrator Chevrier in the early 20th century.
If Islam had not already destroyed them, few a-ndëf drums from the golden era sur­vived the decision taken by Sékou Touré to wipe out all trace of Animism in Guinea when he came to power in 1958. In the 1950s, shortly before the new regime took power, Maurice Nicaud brought back this drum. Nicaud, who was later an art dealer Rue Guénégaud in Paris, travelled across Guinea, Mali and Ivory Coast when he was managing a transport company providing him the ideal logistic platform to collect large-scale works. The border of the two Guineas and the Baga Simetou villages in the mangroves of Rio Nunez were not so far from Conarky. That was in these villages that he acquired these drums, which were used for dancing on different occasions by women's societies.
Bertrand Goy
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