APOLLINAIRE (Guillaume)

Lot 2
12 000 - 15 000 €

APOLLINAIRE (Guillaume)

LETTRE AUTOGRAPHE À LOUISE DE COLIGNY-CHÂTILLON (LOU), signée Gui, datée 1er fév. 1915, 2 pages in-4 (276 x 215 mm) à l'encre noire sur papier à en-tête du café Tortoni, à Nîmes, sous chemise demi-maroquin noir moderne.

MAGNIFIQUE LETTRE D'AMOUR À LOU: TU ES POUR MOI LE RÉSUMÉ DU MONDE.
Dès la déclaration de guerre, Apollinaire s'est engagé volontaire. En attendant son affectation, il part pour Nice où il fait la connaissance le 27 septembre d'une jeune femme de trente-trois ans dont il tombe éperdument amoureux: Louise de Coligny-Chatillon, future Lou. Le 6 décembre, lassé des dérobades de Lou, le poète précipite son départ et part faire ses classes à Nîmes au 38e régiment d'artillerie de campagne. Vexée par son départ, bien plus qu'amoureuse, Lou le rejoint à Nîmes et s'enferme une dizaine de jours avec lui à l'Hôtel du Midi. C'est alors la découverte de la volupté. Après quelques semaines, l'euphorie des premiers jours s'atténue. Profitant d'une permission, il la retrouve à Nice durant trois jours du 23 au 25 janvier 1915, mais les retrouvailles sont amères. Cette lettre est écrite quelques jours après cette entrevue.
Apollinaire lui écrit le jour même, puis à nouveau le soir encore tout joyeux de [s]es lettres. Il signale d'abord une faute de versification dans le petit conte en vers sans prétention que je t'ai envoyé hier [poème jamais retrouvé]. Comme c'est en vers réguliers, que je consacre les vers réguliers à la correspondance et que je les écris au courant de la plume comme s'il s'agissait de prose, je suis très jaloux qu'il n'y ait plus aucune faute de versification.
Sans aucune transition, il lui écrit une longue déclaration qui occupe presque toute la lettre: Lou je t'adore et t'adorant je me souviens de toute ma vie passée, de mes amours insipides auprès de celui qui est maintenant toute ma vie. Ma vie parsemée en arrière de doux regards de femmes comme une prairie où paraissent quelques fleurs est maintenant un beau parterre où ton regard est à la fois toutes les plus belles fleurs du monde. Qu'est-ce que le passé ? Qu'importe l'avenir ? [...] O Lou, Lou câline et tendre, je t'adore car tu es ce que l'univers a de plus parfait, tu es ce que j'aime le mieux, tu es la poésie, chacun de tes gestes est pour moi toute la plastique, les couleurs de ta carnation sont toute la peinture, ta voix est toute la musique, ton esprit, ton amour toute la poésie, tes formes, ta force gracieuse sont toute l'architecture. Tu es pour moi le résumé du monde.
Puis il évoque le corps de Lou dans une sorte de litanie: Sois bénie pour t'être donnée complètement, sans restriction. Sois bénie d'être belle comme tu l'es, sois bénie dans tes yeux, dans ta bouche, sois bénie dans tes seins qui sont comme de petites juments faisant des caprioles [sic], sois bénie dans tes lombes où vibre la noire et terrible volupté, sois bénie dans tes jambes qui sont comme de beaux canons peints en blanc, sois bénie en tes pieds qui sont les socles du plus beau monument que la terre ait vu, ton corps de déesse [...]. Sois bénie en ta chevelure qui est comme du sang versé. Je t'aime. Bonsoir Amour.
Lettres à Lou, éd. M. Décaudin, lettre n° 65, p. 151-152. - Correspondance générale, édition de V. Martin-Schmets, t. 2, 1915, n° 713, p. 103-104.
Petite déchirure sans manque à la pliure.
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