PLAT DE STYLE CODEX DÉCORÉ DU DIEU A VÊTU...

Lot 77
60 000 - 70 000 €
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Résultat : 96 564 €

PLAT DE STYLE CODEX DÉCORÉ DU DIEU A VÊTU...

PLAT DE STYLE CODEX DÉCORÉ DU DIEU A
VÊTU D'UNE CARAPACE DE TORTUE
CULTURE MAYA, NORD DU PETÉN, GUATEMALA
OU SUD-EST DU CAMPECHE, MEXIQUE
CLASSIQUE RÉCENT, 600-900 APRÈS J.-C.
Céramique blanc crème et peintures ornementales noire et rouge
D. 45,1 cm

Maya (codex style) plate with standing god A wearing a turtle shell and carrying a staff, Mexico, ceramic with cream background and black and red paint, D. 17.7 in.

Provenance:
Acquis par l'actuel propriétaire en 2005
Emile Deletaille, Bruxelles

Publication:
Kerr, Justin, Maya Vase Database: An Archive of Rollout Photographs, mayavase.com, K8962, ajouté le 11/07/2006.

PLAT K89621 DE STYLE CODEX

Orné en son fond de l'image d'un aspect du dieu de la mort peinte au trait noir sur un fond crème, ce grand plat dépourvu de décor à l'extérieur, est un bel exemple des céramiques dites de style "codex"2 . Avatar du dit "dieu A" par les mayanistes (dont le nom maya pourrait entre autres avoir été Cizin soit kisin «(le) péteur» en yucatèque, la langue maya du Yucatán), la macabre divinité est représentée comme un transi marchant vers la gauche en tenant un bâton semblable à une sarbacane de sa main droite, et un sac en forme de logogramme de la couleur blanche 3M13 dans la main gauche. Elle est en outre "vêtue" d'une carapace de tortue, qu'elle porte comme si elle était un de ces animaux. Cela l'associe ainsi à l'un des quatre avatars du dieu «porteur d'année» dit "dieu N" ou Itsam, dont une telle carapace est l'at­tribut distinctif, bien qu'on y verra surtout ici la marque de son aspect chtonien (la tortue étant l'animal qui symbolise la terre).
Encadrée en haut en en bas par un alignement de trois petits cercles chacun et composée de deux glyphes placés l'un au-dessus de l'autre, une courte légende ico­nographique apparaît à gauche de cette image, juste au-delà du bâton tenu par le dieu. En haut, le premier de ces deux glyphes est une variation sur celui de la pré­position ta(h)n, qui signifie «(au) devant/front (de)» (et, éventuellement, «au milieu de»), dont le complément phonétique de valeur syllabique na est curieusement géminé. Au-dessous, le second glyphe consiste essentiellement en un logogramme du chiroptère APM (représentant une tête de chauve-souris, de valeur SUTS' dans les langues mayanes de la branche cholane). Ses dents semblables à celle de la divinité figurée dans l'image plus qu'à celles d'une chauve-souris suggèrent que le signe peut avoir été fusionné là au logogramme de la tête de mort SC2 (qui se substitue à la tête de cadavre SCC, de valeur CHAM «mourir» dans les langues cholanes, pour marquer le 6ème signe du cycle divinatoire Cimi «mort») et auquel se rapporterait alors la marque la du suffixe dans la notation du nom des chiroptères tueurs et coupeurs de têtes dont des documents tel que le Popol Vuh4 indiquent que l'on croyait qu'ils peuplaient certaine(s) partie(s) du monde souterrain: ta(h)n chamal-suts' «parmi les chauves-souris de la mort»

Cette inscription et l'image qu'elle commente -afin d'indiquer que l'aspect du dieu de la mort ici représenté est en train de marcher dans la partie de l'"enfer" maya qui est peuplée de chiroptères assassins (les vampires qui peuplent certaine(s) partie(s) de l'inframonde, dont le seigneur est appelé Camazotz -soit kamasots' «chauve-souris de (la) mort»- dans le Popol Vuh)- sont circonscrites à l'intérieur d'une "bande céleste" annulaire. Ce médaillon peint sur le fond du plat est lui-même entouré (sur le bord) par une épaisse "bande infernale" où alternent variations sur la graphie ordinaire du signe ST7 -soit l'oeil du "dieu L", principale divinité de l'inframonde maya - et paires d'yeux arrachés, qui symbolisent l'obscurité et la dangerosité de ce lieu.

Bien que le dieu de la mort n'y soit représenté que par sa tête et qu'aucune inscription glyphique ne vienne là donner des détails sur la scène, le plat MBD167 (cf. Robicsek & Hales 1981: 183) est particulièrement similaire à K8962.

Jean-Michel Hoppan, INALCO/USPC, C.N.R.S. UMR 8202, I.R.D. UMR 135, SeDyL (Célia) avril 2019

1 - Cette dénomination signifie que la photographie de l'objet est enregistrée sous le numéro 8962, dans le corpus d'artefacts mobiles mayas de Justin Kerr: http://research.mayavase.com/kerrmaya.html
2 - Ce style de céramiques mayas est ainsi nommé en raison de la similarité de leur décor avec les pages des livres précolombiens sur papier d'écorce de figuier (communément appelés codex par les mexicanistes), la délimitation de la "mise en page" par une ou deux bandes rouges selon le type de forme renforçant la ressemblance avec les manuscrits mayas préhispaniques. S'inscrivant dans le cadre de la sphère céramique appelée "Tepeu 2" par les archéologues (et datée de la phase principale de la période classique récente, entre la fin du VIe siècle et le début du IXe), les poteries de style codex sont des productions typiques du royaume de Kaan, dont le centre se trouvait dans les basses terres mayas centrales. À cette époque, la capitale de ce grand royaume maya classique était la cité des «Trois Pierres»: Oxtetuun, l'actuel site archéologique de Calakmul (dans le sud-est de l'État mexicain de Campeche).
3 - Les codifications trilitères de ce type indiquent qu'il s'agit de la cote d'un graphème dans le catalogue des signes de l'écriture maya de Macri 2003/2009.
4 - Célèbre manuscrit du XVIe siècle en langue maya quiché et caractères latins (qui fut redécouvert à Chichicastenango, dans les Hautes terres du Guatemala, par l'abbé Charles-Étienne Brasseur de Bourbourg dans les années 1860 et est depuis considéré comme un équivalent pour les anciens Mayas de ce qu'est la Bible pour les peuples de tradition judéo-chrétienne et musulmane), le Popol Vuh ou «Livre du Conseil» est un document particulièrement précieux pour les mayanistes en ce qu'il est sans doute, parmi tous les témoins de la littérature maya transposée alphabétiquement à l'époque coloniale, celui qui éclaire le mieux sur les mythes de la religion préhispanique. Un de ses chapitres, qui a pour cadre temporel la troisième (et dernière) ère antédiluvienne, raconte ainsi la mésaventure des frères Hun Hunahpu et Vucub Hunahpu -divinités nommées à l'époque classique Hun Ixiim (dans son aspect renaissant de jeune dieu de la germination du maïs) et Huk Ajaw, respectivement- à travers l'inframonde Xibalba. Dérangés par les parties de jeu de balle auxquelles ils affectionnaient particulièrement de s'adonner, les dieux régnant sur cet "enfer maya" les y ont en effet défiés afin de leur faire affronter les épreuves qui leur étaient réservées dans cinq de ses régions: la «Maison de l'Obscurité», où manque totalement la lumière, la «Maison du Frisson», où règne un froid intense, la «Maison du Jaguar», peuplée de tant de jaguars que ces fauves s'y entre-dévorent, la «Maison de la Chauve-souris», peuplée d'une incommensurable multitude de ces chiroptères, et la «Maison d'Obsidienne», hérissée de lames particulièrement tranchantes faites en ce matériau. Hun Hunahpu et Vucub Hunahpu n'ayant pas survécu à ces épreuves, les fils du premier (Hunahpu et Ixbalanque) -nommés à l'époque classique Hun Ajaw et Yax Balam, respectivement- descendirent également à Xibalba afin de venger grâce leur ruse leurs père et oncle et, lors de leur passage dans la «Maison de la Chauve-souris», ils se cachèrent dans leurs sarbacanes pour y passer la nuit sans être attaqués par les chauves-souris de la mort mais, alors que (les chauve-souris s'étant tues) Hunahpu en a au bout d'un certain temps sorti la tête afin de voir si le jour s'était levé, un vampire Camazotz le décapita. Toujours selon le Popol Vuh, Camazotz coupa également la tête aux "humains" de la première ère antédiluvienne (dont les survivants sont les singes des ères suivantes), tandis que le rapace Xecotcovach leur arracha les yeux.
5 - Ce grand "jaguar de l'inframonde" était conçu comme étant le binôme souterrain de la divinité du soleil diurne K'inich Ajaw et représentait le "soleil nocturne", c'est-à-dire la forme prise par l'astre solaire au cours du trajet invisible qu'était dans l'ancienne cosmovision maya sa traversée quotidienne de l'inframonde, entre l'ouest et l'est. Le "dieu L" a présidé au jour zéro de la chronologie 4 Ahau 8 Cumku (le 11 août 3113 avant J-C, selon la corrélation la plus largement admise entre calendriers maya et chrétien) la réunion des sept dieux qui ont "allumé" l'univers dans le foyer primordial mythique afin de redémarrer la course du temps.
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