ERRARD (Jean)

Lot 21
Aller au lot
30 000 - 40 000 €
Résultat : 68 580 €

ERRARD (Jean)

Le Premier livre des Instruments mathematiques mechaniques. Imprimé à Nancy, par Jan-Janson, Imprimeur de son Altesse, 1584. In-folio, bradel vélin rigide, tranches mouchetées de bleu (Reliure moderne).
Brun, p. 183. - Mortimer, French books, n°211. - Beaupré, Nouvelles recherches de bibliographie lorraine, pp. 60-63.
Édition originale, de toute rareté, de l'un des grands «théâtres de machines» de la Renaissance.
L'épître dédicatoire au duc Charles III de Lorraine, protecteur de l'auteur dès 1580, est datée du 2 mars 1584.
39 superbes planches gravées en taille-douce, non signées, représentant 40 instruments et machines concernant l'art de la guerre et l'industrie, disposés dans un paysage, un atelier ou un espace abstrait.
Dans un avertissement au lecteur, l'auteur les présente comme étant de son invention: I'advoue que ce que ie tiens pour mien à peu par cy devant estre faict ou inventé (comme il est possible & se faict ordinairement que deux personnes se rēcontrent en mesme invention) mais puis qu'il sort premier de ma bouticque, ie me l'attribueray à bon droit iusques à ce q'un [sic] aultre en descouvre l'emprunct, ou que par raisons & demōstrations geometriques il soit convaincu de faulx.
Chaque planche est numérotée en chiffres arabes et légendée en latin. Les figures I et II sont tirées sur la même planche, la n°1.
Parmi ces figures, signalons une nouvelle facon de tour permettant de torner toute sorte de vis sans aucun modelle (fig. 3), un instrument portatif pour porter ou traîner des charges lourdes (fig. 5), une machine pour décharger les bateaux (fig. 9-10), une machine servant facillement enléver batteaux & les transporter de fleuve aultre (fig. 11), de curieux moulins à vent, des pompes à éoliennes, un système d'écluses (fig. 24), une machine permettant d'actionner de gros marteaux de forge pour frapper sur les enclumes (fig. 27), une machine pour scier du bois à la seule force du vent (fig. 30), un Instrument geographique, lequel attaché à la selle du cheval demonstre vrayement par le pas d'iceluy la longueur du chemin que l'on aura faict (fig. 37), etc.
L'une de ces inventions concerne l'imprimerie, il s'agit d'une nouvelle façon de presse plus compendieuse & aisée que les communes tant pour imprimer livres que pour estamper toutes figures taillées sur leton ou cuyvre (fig. 28).
Très inspiré des dessins de machines qui circulaient en Italie, en Allemagne et en France, Errard apporte peu de nouveautés techniques, mais il ajoute aux croquis un arrière-plan paysager, élargit le propos en s'intéressant aux constructions et innove dans le tracé de profil des machines, important dans le dessin mécanique une méthode venue du dessin de fortification (Éloge de la rareté. Cent trésors de la Réserve des livres rares, n°19).
Protestant né à Bar-le-Duc, Jean Errard (1554-1610) fut l'un des principaux ingénieurs militaires du règne d'Henri IV. Il construisit les citadelles d'Amiens et de Verdun, et modifia les places fortes de Doullens, Sedan, Montreuil et Sisteron. Il est aussi l'auteur du premier traité d'architecture militaire en français, La Fortification reduicte en art et demonstre... (Paris, 1600).
Son ouvrage est vraisemblablement Le second livre de machines publié en français, après celui de Jacques Besson, le Théâtre des instruments mathématiques et mécaniques (1571), dont il s'est clairement inspiré.
Il fait partie du corpus des «Théâtres de machines», dont le genre, florissant en Europe entre 1570 et 1620 environ, est décrit ainsi par Jean Viardot: Le «Théâtre de machines», suite de dessins et de croquis montrant des instruments, des mécanismes, etc. relevant de techniques diverses, écrit-il, est un genre de livre qui a beaucoup séduit les hommes de la seconde moitié du XVe siècle. Héritiers directs des encyclopédies techniques des mécaniciens antiques et des carnets d'ingénieurs du Moyen Âge, la plupart de ces «Théâtres» manuscrits circulèrent sous forme de copies, et des exemplaires en sont attestés dans beaucoup de bibliothèques princières de l'Italie de la Renaissance. À la fin du XVIe siècle, la formule redevint à la mode et de nouveaux «Théâtres» bénéficièrent cette fois des progrès de l'imprimerie et de la précision de la taille-douce (En français dans le texte, p. 89).

Dans son étude, p. 61, Beaupré suppose l'existence d'un feuillet final qui porte probablement la souscription alors en usage: Achevé d'imprimer à... le... par.... Il ajoute, pourtant: le quarante-quatrième feuillet manque à l'exemplaire que j'ai sous les yeux [...]; mais il existe nécessairement. Selon toute vraisemblance, il n'existe pas.
De la bibliothèque Robert Schuman, avec ses initiales au premier contreplat.
Petite mouillure touchant le bord de quelques planches.
Mes ordres d'achat
Informations sur la vente
Conditions de ventes
Retourner au catalogue