ARTAUD (Antonin).

Lot 34
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ARTAUD (Antonin).
DEUX DESSINS ORIGINAUX. Deux dessins originaux dont l'un signé, sur papier beige pour la couverture de la revue 84. Chacun : 21 x 13 cm. Sans date, [fin 1946 début 1947]. Les deux dessins sont réunis sous un même encadrement.
Le plus achevé des deux dessins est une composition à l'encre où l'on peut voir un visage, des formes géométriques concentriques donnant l'impression du mouvement. On distingue des éléments comme des équerres et des clous, très récurrents dans les dessins d'Artaud de cette époque. Ce dessin a servi pour la maquette de la couverture de la revue 84. Cette revue dirigée par Marcel Bisiaux accordera une place prédominante à l'auteur du Pèse-nerf. Le dessin d'Artaud deviendra emblématique dès le premier numéro de la revue et il ornera les couvertures des quatorze autres livraisons du n° 1 (mars 1947) au n° 18 (mai-juin 1951). Le dessin au crayon est une esquisse du dessin à l'encre offrant également cette même idée de mouvement et déjà les mêmes éléments.
La maquette de couverture a été composée par Jeanne Pécheur directement sur le dessin original d'Artaud. Elle a apporté sur un fragment d'un même papier, fixé en bas du dessin à l'aide de petits collants blancs, la liste des collaborateurs du numéro, sur deux colonnes qui encadrent le titre 84 en grosses lettres au crayon bleu. Quelques notes toujours au crayon bleu donnent des indications de couleurs pour le n°2 (comme le 1).
Petits manques de papier à l'angle droit de l'esquisse et deux déchirures infimes. Petit manque à l'angle droit sur le dessin à l'encre.
Le papier, de qualité médiocre, a jauni. L'encre est un peu passée.
Formidables et précieux documents qui n'ont apparemment jamais été reproduits.
Antonin Artaud disait avoir vraiment appris à dessiner et à peindre pendant le séjour qu'il avait fait en 1920 dans l'établissement du docteur Dardel : Le Chanet, près de Neuchâtel en Suisse. Son intérêt pour la chose peinte, dessinée ou gravée, est manifeste pendant ses premières années à Paris. Dès 1920 il publie divers comptes rendus de Salons et articles sur la peinture, révélateurs de ses gouts et de la conception qu'il se fait de l'Oeuvre plastique. Mais ce n'est qu'après son internement à Rodez, à partir du milieu de 1945, qu'il se met véritablement au dessin. « Les dessins d'Artaud ont quelque chose d'unique et il serait dérisoire de vouloir les faire entrer de quelque manière que ce soit dans une historicité de l'art ; tout aussi vain serait de les comparer à d'autres dessins de poètes, de William Blake à Henri Michaux. (...) Ce quelque chose d'unique, c'est cette confusion totale du dessin et de l'écriture, cette impossibilité de les disjoindre sur laquelle Antonin Artaud a toujours insisté : je n'ai jamais plus écrit sans non plus dessiner. /Or ce que je dessine / ce ne sont plus des thèmes d'Art transposés de l'imagination sur le papier, ce ne sont pas des figures affectives, / ce sont des gestes, un verbe, une grammaire, une arithmétique, une Kabbale entière et qui chie sur l'autre, / aucun dessin fait sur le papier n'est un dessin, la réintégration d'une sensibilité égarée, c'est une machine qui a souffle, / ce fut d'abord une machine qui en même temps a souffle. / C'est la recherche d'un monde perdu et que nulle langue humaine n'intègre / et dont l'image sur le papier n'est plus même lui qu'un décalque, une sorte de copie / amoindrie. / Car le vrai travail est dans les nuées ". Ainsi, ces dessins, et encore plus peut-être ceux des cahiers, ont les mêmes caractéristiques de structure, le même squelette que l'écriture puisque, à leur propos, il est parlé d'une grammaire. Ce ne sont pas des formes inertes, couchées sur le papier, mais des mécaniques de foudre produites par le souffle, en quoi le théâtre est toujours en train d'exister : " Je dis / que voilà dix ans qu'avec mon souffle / je souffle des formes dures / compactes / opaques / effrénées / sans voussures / dans les limbes de mon corps non fait / et qui se trouve fait / et que je trouve chaque fois les 10.000 êtres pour me critiquer, / pour obturer la tentative de l'orée d'un infini percé. / Tels sont en tout cas les dessins dont je constelle tous mes cahiers. Paule Thévenin : La recherche d'un monde perdu In Artaud Dessins et portraits. N.R.F., 1986, pp. 45-46. Le texte d'Artaud est extrait de Dix ans que le langage est parti (in Luna-Park n° 5, octobre 1979).
Meredieu (Florence de). Antonin Artaud - Portraits et gris-gris. Blusson, 1984.
Antonin Artaud - Dessins. Catalogue de l'exposition. Musée national d'art moderne, 1987.
Thevenin (Paule). Derrida (Jacques). Artaud Dessins et portraits. N.R.F., 1986.
Thevenin (Paule). La Question du dessin In Antonin Artaud, ce Désespéré qui vous parle. Paris, Éditions du Seuil, 1993.
Antonin Artaud - Oeuvres sur papier. Musée national d'art moderne et Musée Cantini, 1995.
Antonin Artaud - Works on paper. Catalogue de l'exposition. New York, Museum of Modern Art, 1996.
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