Masque Gouro, Côte d'Ivoire Probablement...

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Masque Gouro, Côte d'Ivoire Probablement...

Masque Gouro, Côte d'Ivoire
Probablement fin du XIXe siècle
Bois à patine brun sombre profonde, clous de tapissier, pigments rouges et crin
H. 25 cm - l. 15,5 cm
Gouro mask, Ivory Coast
H. 9 3/4 in - l. 5 7/8 in
Provenance:
- Collection privée européenne
Du remarquable masque présenté ici on ne connaît à ce jour qu'un seul autre exemplaire. Il appartenait à André Lhote et participa au prestigieux et inoubliable rassemblement de chefs d'œuvre d'«African Negro Art» au Metropolitan Museum de New York en 1935. La morphologie de ces masques aux traits humains mâtinés d'une touche animale, les range dans un centre stylistique situé dans l'actuel pays des Bété de Gagnoa, désignés sous le nom de Tshien par leurs voisins gouro avant la colonisation. Ce vaste territoire de l'ouest ivoirien, entre fleuves Bandama et Sassandra, est organisé en trois grands pôles très distincts autour des villes de Daloa, Soubré et Gagnoa. Ses anciens habitants, chasseurs et guerriers se sont transformés en agriculteurs depuis que la culture du café et du cacao a prospéré au détriment de la riche forêt tropicale. Parler de bété pour désigner un masque ancien, produit au tournant du XXe siècle, est une simplification qui ne tient pas compte de la diversité de ce territoire où des groupes multiples se sont dilués dans une identité bété créée par commodité coloniale, comme l'explique le chercheur Jean Pierre Dozon: « Un ethnonyme sujet à caution, des origines multiples, une mosaïque de groupes tribaux dont les interrelations, les réseaux d'échange débordent largement les limites de l'actuel pays bété, tels sont, brièvement résumés, les enseignements de l'histoire précoloniale. »
Peu d'études ont été consacrées à la culture matérielle de cet espace géographique: en 1962, Denise Paulme, après quelques mois de terrain, resta avare de précisions quant aux masques des Bété, se limitant à ceux de Daloa qui doivent beaucoup à leur voisins wé de l'ouest ivoirien. En 1968, Bohumil Holas, quant à lui, leur consacre un ouvrage, « L'image du monde bété », mais ignore superbement l'existence de tels objets dans la région de Gagnoa, « sauf de rares exceptions ».
Pourtant avant eux, trois témoins attestent de leur existence.
En 1938, l'administrateur Ladurantie note une production de masques dans le Guébié, à Gaherolilié. Cette composante historique du peuple bété, localisée au sud de Gagnoa, aurait effectué sa migration à partir du Ghana actuel en même temps que les Baoulé et se serait arrêtée à Zikiso en pays dida, point de départ de leur essaimage dans leur territoire. C'est aux abords immédiats de cette localité que l'adjudant Fillioux trouva, en 1911, un des masques proches de l'étalon que constitue celui de Tzara exposé au musée du quai Branly- Jacques Chirac. Ces derniers présentent un certain nombre de caractéristiques qui les rapprochent de celui étudié ici, particulièrement leur aspect réaliste, plus proche des masques-portraits des Baoulé ou ceux de leurs voisins gouro que des représentations stylisées de l'univers onirique propre aux Bété de Daloa. Le personnage le mieux placé pour nous éclairer est un tchèque, Vladimir Golovin, dont la collection fut acquise par le Náprstek Museum de Prague entre 1934 et 1935.
Au début des années 1930, jeune diplômé de la faculté de médecine de Prague, il s'installa dans l'ouest ivoirien où il collecta un certain nombre de sculptures, entre autres dans la région de Gagnoa. La documentation détaillée accompagnant ses trouvailles et le morphotype très particulier de notre masque permettent de l'attribuer à la composante zédié des Bété actuels. Au début du siècle, ils faisaient partie d'une mosaïque de minuscules groupes, limités à quatre ou cinq villages situés à l'extrémité nord du territoire, à proximité immédiate de Sinfra, dans le pays gouro dont ils seraient originaires selon certaines traditions. Notre masque remplit, à la perfection, toutes les caractéristiques de ce centre de style, à commencer par les yeux étirés, à demi clos, soulignés par des scarifications en forme d'arcs concentriques, reprises en écho pour figurer la ligne de démarcation de la coiffure. Le front immense, principale marque de fabrique des Zédié, partagé en son centre par une barre chéloïdienne, occupe plus de la moitié du visage. L'artiste africain s'attachant généralement à faire ressortir l'essentiel, on peut imaginer que cette exagération répond à une croyance longtemps universellement partagée selon laquelle la capacité mentale du cerveau serait directement proportionnelle à la taille de sa boîte crânienne.
Le sculpteur de notre masque a su jouer remarquablement de cette démesure et offre à son modèle - masculin et barbu - un profil d'une rare élégance, l'ample ligne du front s'incurvant légèrement à hauteur du nez en demi-cône pour finir sa course par un menton qui se confond avec la bouche projetée vers l'avant, pincée en une sorte de moue. D'autres détails tels le dessin des fines oreilles, l'essence du bois utilisé et la présence d'une insolite pastille tamponnée au sommet de leur crâne, permettent de supposer que le masque présenté ici et celui d'André Lhote sont issus d'un même atelier.
Bertrand Goy
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