Figure de reliquaire janus, mbulu-viti, groupe...

Lot 43
Aller au lot
120 000 - 150 000 EUR
Laisser un ordre
Votre montant
 EUR
Enchérir par téléphone
Enchérir par téléphone

Figure de reliquaire janus, mbulu-viti, groupe...

Figure de reliquaire janus, mbulu-viti, groupe Obamba-Wumbu, Kota,
Haut-Ogooué, Gabon oriental,
Afrique équatoriale atlantique
Ame de bois, plaques et lamelles de laiton et de fer
Fin du XIXe - début du XXe siècle
H. 67 cm - l. 43,3 cm - P. 13 cm
Bifacial reliquary figure, mbulu-viti, Obamba-Wumbu group, Kota, Upper-Ogooué, Oriental Gabon, Atlantic Equatorial Africa
Wood, brass plates and slides
H. 26 2/5 in
Provenance:
- Collecté au village Masango, Haut-Ogooué, vers 1962, par le Dr Jean-Claude Andrault
- Ancienne collection Ruhard, Paris (1975).
Publication:
- Fondation Dapper, La voie des ancêtres, 1986, catalogue, p. 44 (ill. n° 44).
- Marceau Rivière, Les chefs-d'œuvre africains dans les collections françaises, Editions Philbi, Paris, 1975, p. 132 (Collection Ruhard, Paris)
D'après les enquêtes du missionnaire suédois Efraïm Andersson chez les Kota de l'ancien Congo français, vers 1935, les figures de reliquaire bifaces sont à la fois plus anciennes et socialement plus importantes que les figures à un seul visage (Andersson, 1953, p. 342) et cela dans plusieurs des groupes « Kota », aussi bien les Obamba que les Wumbu et les Ndasa. Leur grande valeur rituelle aurait d'ailleurs induit leur rareté dans les collections occidentales dans la mesure où ces figures d'ancêtres appelées mbulu-viti ont toujours été difficiles à observer sur le terrain, et à plus forte raison à acheter. Si les spécialistes estiment à quelque cinq mille le nombre de figures de reliquaire « Kota » rapportées dans les collections occidentales depuis la fin du XIXe siècle, on constate que les figures bifaces identifiées et publiées constituent une série de références de seulement une petite dizaine de spécimens pour les Obamba/Ndumu/Wumbu. Même s'il en existe très certainement quelques autres inédites ici et là, cela aboutit à une proportion infime.
Certains informateurs, non seulement du Rév. Andersson au Congo (Andersson, 1974, p.164) mais aussi de moi-même au Gabon oriental dans les années 1970, ont indiqué que les figures Kota de visage concave à lamelles étaient des représentations « féminines » tandis que les figures convexes à front proéminent à plaques étaient « masculines ». L'association de deux visages opposés sur un mbulu-viti, que l'on peut donc raisonnablement identifier comme des visages de sexe différent, masculin du côté du front bombé, et féminin, du côté concave, correspond à la dualité primordiale comprenant l'homme et la femme, celle-là même qui est évoquée dans les récits mythiques et les contes. Il ne s'agit pas là d'un portrait de « couple », mais plutôt d'un message visuel qui rappelle aux initiés de la parentèle (clans et lignages) l'équilibre fondamental de la société, valable aussi bien chez les vivants que chez les morts, entre l'homme qui chasse et qui fait la guerre et la femme qui engendre les enfants et prépare la nourriture, des fonctions complémentaires et chacune nécessaire. Si les ancêtres-hommes sont des notables, dignitaires des clans, jadis de valeureux chasseurs et des chefs de guerre, les ancêtres-femmes sont quasi d'égale importance spirituelle en tant que « mères » ayant non seulement transmis la vie et permis d'avoir une descendance mais ayant aussi contribué à la survie économique des groupes. La figure biface mbulu-viti, parfois appelée aussi mboy, rassemble donc en quelques signes et volumes caractéristiques, l'essentiel de la puissance et de la vitalité des ancêtres, dans ses aspects strictement complémentaires et ici combinés, masculin et féminin.
La figure mbulu-viti découverte par le Dr Andrault, est l'une des rares sculptures ayant été utilisée dont on connaît le nom du sculpteur. Ce dernier, du nom de Semangoy, était d'origine Wumbu, village de Zokolunga, un petit village situé près de Moanda. A la fin du XIXe siècle, Semangoy était le fournisseur du chef Poupi, un notable des Kota-Obamba. Cette sculpture est de sa main, avec une signature graphique sur le cimier, en forme de croissant aux extrémités décorées de boules. Cette marque bien reconnaissable a été retrouvée sur au moins six autres figures de reliquaire référencées (cf. La voie des ancêtres, 1986, p. 69).
Au plan morphologique, on notera la parfaite harmonie des courbes du cimier et des parties latérales de la coiffe, autour des visages de forme ovale. Le côté masculin de l'effigie présente un front en quart de sphère, agrémenté d'un bandeau en frise de cabochons au sommet, dont le rebord horizontal surplombe une face en léger creux, seulement marquée d'un nez acéré en tétraèdre, des yeux en cabochons (aux pupilles faites de vis de fusil de traite) et de la petite bouche en croissant. Sous les yeux, de fines bandelettes de fer figurent des marques scarifiées (on les retrouve également au revers, sur le visage féminin) [cf. Perrois, Arts du Gabon, 1979, ill. 191]. La partie commune du mbulu-viti est constituée d'un large cimier sommital en croissant, débordant largement de chaque côté, de décor identique à l'avers comme au revers. Le visage présumé féminin, de forme ovale également mais d'un rendu moins sévère, est décoré au niveau du front de fines lamelles martelées et juxtaposées, disposées de part et d'autre d'une large bande axiale.
La figure de reliquaire mbulu-viti découverte par le Dr Andrault est une œuvre majeure de l'art funéraire des Kota du Gabon oriental, tant par sa facture très classique de la manière des Obamba-Wumbu, à la fois sobre dans ses formes et d'un effet majestueux, que par le fait rarissime qu'on en connaît le sculpteur.
Louis Perrois
Mes ordres d'achat
Informations sur la vente
Conditions de ventes
Retourner au catalogue