Ambrosius BOSSCHAERT le Vieux (Anvers 1573 – La Haye 1621)

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Ambrosius BOSSCHAERT le Vieux (Anvers 1573 – La Haye 1621)

Fleurs coupées dans un Römer posé sur un entablement sur fond de paysage
Panneau de chêne, une planche, non parqueté
29,2 x 19,4 cm
Monogrammé en bas à gauche AB
Etiquette ancienne au dos: Brueghel de velours
Cadre XIXe siècle
Provenance:
Acquis dans les années 1890 par Monsieur Marc à l'Hôtel Drouot comme Brueghel de Velours (étiquette au dos)
Resté dans sa famille chez maître André Benoist (mort en 1969); Resté depuis chez les descendants de ce dernier.
La découverte de ce panneau inédit constitue un apport majeur au corpus d’Ambrosius Bosschaert l’Ancien, dont seulement une soixantaine de tableaux, uniquement des bouquets dans un vase, nous est parvenue. Sept d’entre eux et celui-ci se distinguent par un arrière-plan avec un paysage atmosphérique au lieu du fond noir traditionnel. De vastes cours d’eau, des tours solitaires invitent l’oeil du spectateur à s’y promener. Caractérisés par leur grande variété botanique et une finesse picturale virtuose, admirés pour la vivacité de leur coloris, ils appartiennent à la dernière période de l’artiste, entre 1619 et 1621. Six de ces bouquets sont situés dans une fenêtre ouverte, sous une arche en plein cintre. Il s’agit des tableaux suivants:
- Paris, musée du Louvre (23.5 x 17,5 cm, sur cuivre; inv. RF 1984-150) (fig.2)
- La Haye, Mauritshuis (64 x 46 cm, sur bois; inv. 679) (fig.3)
- Boston, Museum of Arts (collection Rose-Marie et Eijk van Otterloo, 28 x 22,9 cm; sur cuivre)
- Collection privée (Christie’s, Londres, vente du 9 décembre 1994, lot n° 5, 31,4 x 22,8 cm; sur bois)
- Collection privée (Sotheby’s, Londres, 10 juillet 2002, lot n° 15, 28 x 23,5 cm; sur cuivre) (fig.4)
- Collection particulière (Tefaf Maastricht, chez Johnny van Haeften, 2011, 29 x 23 cm; sur cuivre)
Le septième était jusqu’ici le seul tableau répertorié de notre artiste représentant un vase sur un entablement devant un ciel ouvert. Il est conservé au County Museum of Art de Los Angeles (donation M. et Mme Edward Carter, 28 x 23 cm, sur cuivre; M.2003.188.7) (fig.1). Egalement dominé d’un iris jaune et de deux grandes tulipes, il possède une composition et une botanique identiques à celui que nous présentons. L’arrangement des fleurs et le verre Römer sont tout à fait similaires. Plusieurs insectes figurent dans le tableau californien, un seul papillon est posé sur le parapet de notre panneau. Avec subtilité, Bosschaert aime disposer de fines gouttes de rosée sur les feuilles et ici, devant le vase.
Comme pour les autres natures mortes de cette période, ses bouquets constituent un mélange de fleurs de différentes saisons, sans se soucier de leur date de floraison, à partir d’études de fleurs individuelles. L’observation attentive du monde et la fidélité des détails permettent un naturalisme où chaque élément prend une valeur symbolique ou religieuse. Le papillon, animal éphémère par excellence, fait référence à la fragilité de notre existence. Les fleurs ne sont belles que quelques instants. Périssables, elles se fanent et meurent rapidement et certaines feuilles sont déjà piquées. L’iris jaune se hisse et domine les tulipes, dont les bulbes sont des objets de collection qui font la fierté et la fortune des Pays-Bas. Sa forme évoque le glaive qui transperça la Vierge et dont l’amour universel est aussi suggéré par la rose sans épine. Le muguet, par son parfum délicat et son mouvement incliné de dévotion, dit l’humilité de Marie. L’ancolie, une des sept fleurs de son jardin, évoque les sept dons du Saint Esprit. Le cyclamen est aussi une fleur mariale. Le myosotis, fleur du paradis, rappelle le salut de l’âme qui reste fidèle à Dieu; l’oeillet, la Passion du Christ. La description réaliste de la nature contraste avec le second plan en dégradé bleuté créant un émerveillement poétique, faisant écho au lien entre le microcosme et le macrocosme, c’est à dire des choses simples quotidiennes, en résonance avec l’immensité de l’Univers et du divin.
Ambrosius Bosschaert a été redécouvert au XXe siècle grâce aux travaux de Laurent J. Bol. Né dans le milieu protestant anversois, il quitte sa ville natale pour échapper aux troubles religieux. Il s’installe avec sa famille plus au Nord, à Middelbourg, où il devient membre de la Guilde de Saint-Luc en 1594. Plus tard, il s’installe à Bergen-op-Zoom, puis à Utrecht en 1615 et à Breda en 1619. Il meurt à La Haye en 1621 au moment où il travaillait à un tableau de fleurs commandé par le prince d’Orange, Maurice de Nassau. Ses trois fils poursuivirent son style. Son beau-frère, Balthasar van der Ast (1593/4 - 1657), a imité dans sa jeunesse ce type de composition, sur fond de paysage, sans parvenir au même raffinement, comme en témoigne le petit cuivre du Boston Museum of Fine Arts signé de 1624 (donation de Rose-Marie et Eijk van Otterloo, 2017).
Nous remercions le professeur Fred Meijer d’avoir confirmé l’authenticité de ce tableau, sur photographie numérique, par mail le 27 mars 2019.
Les débuts de la nature morte de fleurs
Bosschaert est l’un des pionniers de l’histoire de la Nature morte et le premier peintre à s’être consacré entièrement aux bouquets de fleurs. Dans le domaine de l’enluminure, il existait déjà, au Nord de l’Europe, une tradition de marges florales, particulièrement répandue en Flandres, notamment dans les livres d’heures. Les bouquets de fleurs apparaissent timidement, au cours du XVe siècle, au sein de sujets religieux ou de portraits, et sont parfois isolés comme celui au revers d’un diptyque d’Hans Memling (v. 1485, Museo Nacional Thyssen-Bornemisza, Madrid). Ils se développent ensuite chez le peintre westphalien Ludger Tom Ring le jeune dont certains vases de fleurs sont décrits dans une niche (Munster, Westfälisches Landesmuseum, 1565). Sur ce sujet, on consultera la publication récente de David Ekserdjian, Still life before still life (Yale University Press, 2018).
Initialement limitées aux publications des sciences naturelles, les gravures représentant des fleurs deviennent plus esthétiques vers 1580. Les recueils d’estampes suscitent un intérêt grandissant envers un modèle de bouquet précis: différentes sortes de fleurs rassemblées dans un vase étroit et arrangées avec rigueur (gravures d’Hendrick Hondius d’après Elias Verulst, 1599; Claesz Jan Visscher d’après Adriaen Collaert).
La Corbeille de Fruits de Caravage (Milan, Pinacothèque Ambrosienne, vers 1596-1598) et les bodegones de Sanchez-Cotan (vers 1602) constituent une étape importante dans l’émergence de la nature morte en Europe comme genre indépendant. A la cour de Rodolphe II, à Prague, un renouveau d’intérêt pour Léonard de Vinci et Albrecht Dürer amène certains artistes à changer leur regard sur la nature et la botanique. Un vif enthousiasme naît pour le monde végétal, à l’instar de Giuseppe Arcimboldo qui compose ses têtes humaines de fruits et de plantes.
Roelandt Savery, Joris Hoefnagel et Jan Brueghel l’Ancien créent les premiers bouquets peints. Roelandt Savery date de 1603 le premier qui nous soit parvenu (Utrecht, Centraal Museum) et ceux de Brueghel sont échelonnés entre 1608 et 1620. Les décennies 1600 et 1610 sont fondamentales dans le développement de ce thème.
Notre tableau appartient à ce moment précis de l’histoire de l’art occidental, tout en ayant un sujet intemporel. Bosschaert est le premier à placer ses fleurs devant un paysage. Par ses chefs-d’oeuvre, il donne à la Hollande les prémices d’une production florale qui peut concurrencer les maîtres d’Anvers et va se développer tout au long du siècle, depuis l’école qu’il fonde à Middelbourg jusqu’aux grands bouquets foisonnants de la fin du siècle (van Huysum, Ruysch, Mignon…).
1 Ambrosius Bosschaert le Vieux
Bouquet de fleurs sur un entablement, 1619
Cuivre, 28 x 23 cm
Los Angeles, County Museum of Art
donation Mr et Mme Edward Carter
2 Ambrosius Bosschaert le Vieux
Bouquet de fleurs dans une arcature de pierre s’ouvrant sur un paysage, 1621
Cuivre, 22,5 x 17 cm
Paris, musée du Louvre
3 Ambrosius Bosschaert le Vieux
Vase de Fleurs dans une fenêtre, v. 1618
Panneau, 64 x 46 cm
La Haye, Mauritshuis
4 Ambrosius Bosschaert le Vieux
Nature morte de roses dans vase, dans une fenêtre archée en pierre avec arrière-fond de paysage, 1624
Cuivre, 28 x 23,5 cm
Collection particulière
1. Iris jaune Iris pseudacorus
2. Tulipe rouge Tulipa hybrida
3. Adonis d’automne Adonis annua
4. Rose de Provins Rosa provincialis
5. Ancolie commune Aquilegia caerulea
6. Tulipe rouge et blanche Tulipa hybrida
7. Santoline petit-cyprès Santolina chamaecyparissus
8. Pivoine Paeonia
9. Dahlia Dahlia
10. Myosotis des Alpes Myosotis alpestris
11. Muguet Convallaria majalis
12. Fritillaire pintade Fritillaria meleagris
13. Cyclamen Cyclamen persicum
14. OEillet d’Inde Tagetes patula
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