CIRIER (Nicolas)

Lot 73
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CIRIER (Nicolas)

L'Apprentif administrateur, pamphlet pittoresque (!), littérario-typographico-bureaucratique, pouvant (nam tua res agitur paries cùm proximus ardet) pouvant [sic] intéresser toute personne employée, employable, ex-employée. Par quelqu'un de cette dernière catégorie. Paris, Chez l'Auteur, rue de Sè, 1840. In-8, lames d'ébène juxtaposées, laissées brutes avec des traces de sciage ou polies, nom de l'auteur à l'œser rouge et vert sur le premier plat, pièce de cuir vert portant le titre à l'œser rouge sur le bord du second plat, dos de chagrin noir avec trois nerfs apparents, doublure bicolore de nubuck ivoire et rouge, couverture, non rogné, emboîtage demi-chagrin bleu (J. de Gonet A. P. Noriega 1986).
Édition originale du fameux pamphlet de Nicolas Cirier (1792-1869), véritable folie typographique, connue à quelques exemplaires.
Cité dans les Fous littéraires de Blavier (pp. 501-504), l'auteur, prote de l'Imprimerie royale de 1826 à 1836, y critique avec obsession son directeur Pierre Lebrun, qu'il juge responsable de sa démission et de ses malheurs.
Mon livre à moi est un livre de colère... De colère et de moquerie écrit-il. Colère d'un honnête homme, à qui un autre homme de l'espèce de ceux qu'on est convenu d'appeler puissans, a arraché son gagne-pain; colère d'un obscur homme lettré, lâchement dépouillé, plus lâchement encore délaissé, par un brillant homme de lettres; juste et inoffensive colère de Nicolas Cirier, qui n'est rien... contre Pierre Lebrun, qui est un peu plus qu'académicien.
L'Apprentif administrateur renferme les lucubrations laudatorio-poético-typographoïdes de Cirier, des considérations sur le métier d'imprimeur, des lettres qu'il adressa à Lebrun et à des confrères, des Extraits d'un Essai (inédit) sur la correction typographique, ou encore la clé de L'Oeil typographique, pamphlet qu'il avait fait paraître l'année précédente. On y trouve aussi des Études et Tribulations, dans lesquelles il décrit les différents métiers qu'il exerça de 1814 à ce jour de décembre 1836 où il fut chassé, impitoyablement chassé: apprenti-factotum, «ouvrier polychreste», balayeur, pâtissier, compositeur, pressier, correcteur, et enfin, prote.
Une table intitulée Propter horrorem vacui récapitule les noms des différentes personnes citées dans le livre.
L'ouvrage est surtout remarquable par le délire typographique (dixit Antoine Coron) mis en œuvre par l'auteur qui succomba à l'obsession de l'horreur du vide. Selon ses propres termes, l'extravagant typographe «bariola» donc son livre d'un grand nombre de vignettes sur bois, pierre et cuivre, et l'enrichit de documents divers.
Incapable de limiter son discours, [il] y ajoutait en effet sans cesse des notes complétées de sous-notes, de feuillets intercalaires, de dépliants et même de papillons collés sur ceux-ci. Ce foisonnement d'additifs, cette accumulation de procédés, jusqu'à l'annotation autographe, font qu'aucun des exemplaires n'est exactement semblable, qu'il n'en existe pas non plus d'idéal. La plus extravagante des productions de Cirier est aussi la plus rare: à peine publiée, son auteur annonça qu'il allait la détruire sauf «cinq ou six» exemplaires. On n'en connaît guère plus (Antoine Coron in Des livres rares depuis l'invention de l'imprimerie, n°241).
Finalement, comme l'annonçait Cirier sur la couverture, L'Apprentif administrateur est bien une publication qui a la prétention de ne ressembler à aucune autre. À son sujet, Raymond Queneau, à qui l'on doit l'honneur d'avoir tiré notre auteur de l'oubli, a d'ailleurs écrit dans Bâtons, chiffres et lettres: Aucun fou littéraire n'a jamais fait usage d'une façon aussi profonde des ressources de l'imprimerie, ni aussi consciente pour exprimer son délire. L'indignation du persécuté, l'exaltation du paranoïaque ne peuvent utiliser plus de majuscules ou de points de suspension que les auteurs, déjà cités, et l'étrangeté des conceptions cosmogoniques des schizoïdes n'a jamais su, du moins à ma connaissance, transgresser la rigueur des lois gutenbergiennes de la composition.
Tirage à 100 exemplaires.
Outre le Mémoire à l'appui d'une pétition (1 f.n.ch.), les IV pages de Dédiquasse [sic], et les 24 et 72 pages de texte (les pp. 19-24 de la seconde partie n'existent pas, comme dans les deux exemplaires numérisés de la BnF et un autre en mains privées), notre exemplaire comprend un double feuillet (Études et tribulations), un feuillet non chiffré portant le grand chiffre III dans l'angle supérieur gauche, 2 planches dépliantes (sur un maximum de 5), dont le grand tableau généalogique, ainsi que 14 petits papillons ou feuillets (ou cahiers) et 20 vignettes lithographiques ajoutés dans le texte ou en bas des pages. Le sceau de cire rouge est bien présent sur la couverture.
Superbe reliure de Jean de Gonet en lames d'ébène, dont l'aspect brut de sciage et l'irrégularité des formes, outre une forte connotation Art premier, semble nous préparer au désordre du livre, si ce n'est à celui de l'esprit de l'auteur.
Elle a figuré à l'exposition de 1987 à l'atelier Jean de Gonet Artefacts (n°1, reproduction au catalogue).
Restauration de papier à la couverture et au premier feuillet de texte. Un bifeuillet volant (oubli au moment de la reliure).
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